visuel la lauzeta FR

Quand je vois l'alouette...

 

 

 Can_vei_la_lauzeta_mover  

 

Quand je vois l'alouette déployer

joyeusement ses ailes face au soleil,

perdre conscience et se laisser choir

à cause de la douceur qui pénètre son cœur,

hélas ! une si grande envie me vient

de tous ceux qui jouissent d'amour

que je suis étonné que mon cœur

aussitôt ne fonde de désir !

 

Hélas, je me croyais savant

d'amour, et si peu j'en sais,

puisque je ne puis me retenir

d'aimer celle dont je n'obtiendrai rien.

Elle a mon cœur et mon être,

elle-même et le monde entier ;

et, en se dérobant à moi, elle ne me laissa rien

d'autre que le désir et le cœur à sa volonté.

 

Je neus plus pouvoir sur moi-même

et je mappartins plus dès linstant

où elle me laissa regarder dans ses yeux,

en ce miroir qui tant me plaît.

Miroir, depuis que je me suis miré en toi,

les profonds soupirs ont causé ma mort,

et je me suis perdu comme se perdit

le beau Narcisse dans la fontaine.

 

Je désespère des dames ;

jamais plus je ne me fierai en elles ;

autant javais coutume de les exalter,

dautant plus maintenant je les mépriserai.

Puisque je vois quaucune nest de mon côté

contre celle qui me ruine et me détruit,

je les crains toutes et de toutes je me méfie,

car je sais bien quelles sont toutes pareilles.

 

Ma dame, en cela, se montre bien femme,

cest pourquoi je lui en fais reproche ;

car elle ne veut point ce quon doit vouloir

et, ce quon lui interdit, elle le fait.

Je suis tombé en disgrâce, et jai vraiment

agi comme le fou sur le pont ;

je ne sais pourquoi cela marrive,

sinon davoir voulu grimper trop haut.

 

En vérité, la compassion est perdue,

et moi je nen savais rien jusquici,

car elle qui devrait en avoir le plus

nen a guère ; et où donc irai-je en chercher ?

Hélas ! comme il semble impossible,

pour qui la voit, de croire quelle laissait mourir,

sans lui porter secours, ce malheureux consumé

de désir qui sans elle naura jamais de salut !

 

Puisquauprès de ma dame ni prières, ni pitié,

ni les droits que jai, ne peuvent me servir,

et que rien ne lui plait,

jamais plus je ne lui dirai que je laime.

Aussi je méloigne delle et renonce ;

elle ma tué, et par la mort je lui réponds ;

et je men vais, puisquelle ne me retiens pas,

malheureux, en exil, je ne sais où.

 

Tristan, vous naurez plus rien de moi,

car je men vais, malheureux, je ne sais où.

Je renonce à chanter et men désiste,

et je cherche refuge contre la joie et lamour.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre navigation sur le site