visuel la lauzeta FR

Il était une fois...

Sur la branche d’un très vieil arbre, il y avait un nid. Dans ce nid, un beau matin, apparut un oeuf.          

Oh, bien sûr, il n’avait pas pu arriver là tout seul. On peut même penser qu’il avait été le fruit d’une longue, bien longue attente, de beaucoup d’amour, de beaucoup d’espoir. Ainsi donc, au coeur de son nid le petit oeuf semblait attendre.    

Le vieil arbre, un peu étonné au départ (ses longues années de solitude l’avaient rendu méfiant), se prit à espérer qu’il ne fût pas en plâtre, déposé là par quelque farceur, ni vide, mais abritant quelque oisillon sur le point de naître.   

Il faut vous dire que les vieux arbres aiment les nids, et encore plus les naissances. Pour un vieil arbre, un nid, c’est de la vie, des chants, une présence. Cela lui fait oublier sa vieillesse, et la mort qui approche. Cela lui donne une raison d’être et de se tenir encore droit sur ses vieilles racines. Et puis les oiseaux mangent les vers, les larves nuisibles et les parasites du bois : ils redonnent ainsi au vieil arbre une seconde jeunesse. Le nid n’est pas lourd aux branches du vieil arbre.  

Notre arbre avait été jadis un très grand seigneur de la forêt. Je ne sais pas si c’était un chêne, un tilleul ou même un pin, mais je sais qu’il était noble et vénérable comme le premier, têtu et solidement planté dans le sol comme le second, et persistant comme le troisième. Il avait vu mourir beaucoup de ses comparses, et se sentait isolé, vieux et triste. Personne ne croyait qu’il pourrait voir à nouveau un nid apparaître sur ses rameaux noueux. On le pensait condamné à brève échéance à la cognée du bûcheron.                                  

L’espérance que fit naître en lui l’apparition de ce nid et de cet oeuf est indescriptible. Il se dit que ses lendemains ne se borneraient plus à voir se succéder les jours et les nuits – jours de soleil et jours de pluie – tandis qu’il sentirait venir l’hiver. Il vit des jours peuplés d’un concert de chants, rythmés par l’heure de la becquée, et des nuits où il sentirait, pelotonné au plus profond de lui, tout cet espoir.                                                                   

Quand, aux abords du printemps, l’oeuf dans le nid se craquela, le vieil arbre retint son souffle. Il se rendit compte que, tout à sa joie et à ses espérances, il ne s’était jamais posé la question de savoir à quel oiseau, au juste, appartenait cet oeuf-là. 

Il l’examina attentivement, parcourut mentalement le grimoire relié d’écorce et faufilé de mousse qu’il portait dans son esprit, et finit par identifier clairement l’oeuf de la petite alouette calandre, la calandreta, une variante de l’alouette commune, qu’on appelle lauseta (son grimoire était ancien, le nom y était orthographié lauzeta). 

L’espoir était en train de prendre forme !  

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